14 février 2014

Un 14 février, 18h54.

18h54. Il est tendu, légèrement essoufflé, le visage crispé. Les ridules de son front, plus marquées qu’à l’habitude, trahissent une anxiété qu’il a du mal à dissimuler. Il est certain que ses cheveux ont blanchi.
Il a tamisé la lumière et allumé quelques bougies. Des rouges, en forme de cœur, et des blanches à la flamme dansante. La table est dressée, simple mais jolie. Une brassée de fleurs dans ses mains tremblantes, il attend. Que la sonnette le fasse sursauter, que son cœur manque un battement, qu’elle ouvre enfin cette fichue porte et qu’il se délecte de son regard qui s’illumine. Qu’il cesse de retenir son souffle.

 

18h54. Elle se précipite vers les portes du magasin, les joues empourprées d’avoir tant couru. Le vigile la regarde d’un air renfrogné, et s’apprête à lui dire que « ça va fermer Madame », mais il émet un grognement et se ravise, sans trop savoir pourquoi. Il pourra toujours la mettre dehors si elle tarde à partir.
Elle déambule, à bout de souffle, dans les allées. Son regard court et balaye les rayons, vite vite, il faut choisir. Elle n’est pas douée pour ça, elle hésite, ne sait pas, elle doute, cela lui plaira t-il, ou plutôt ça ?
Cette belle écharpe, là-bas. Elle est chaude, rayée de bleu et de gris, douce. Elle l’imagine autour de son cou, elle s’imagine y enfouir son visage, elle y sent déjà son parfum.
La présence du vigile dans son dos la rappelle à l’ordre et à la réalité. Elle paie, vite vite. Son trésor dans les bras, elle se précipite vers les portes du magasin.

 

18h54. Les néons au-dessus de sa tête lui fichent la migraine. L’écran de son ordinateur aussi, d’ailleurs. Et les mots du dossier qu’elle essaie vainement de lire dansent devant ses yeux en une valse incompréhensible.
Elle a attendu toute la journée. Le regard rivé sur son téléphone, en alternance avec sa boîte mail. Qu’une petite enveloppe apparaisse, comme par magie, sur l’un ou l’autre. Qu’il lui montre qu’il pense à elle, un peu. Un tout petit peu.
Elle a entendu toute la journée. Ses collègues surexcitées lui parler de la soirée qu’elles vont passer, de leur mec qui n’a pas intérêt à se louper. Les infos, sur toutes les chaînes, lui parler de la soirée qu’elle devrait passer, puisqu’elle est amoureuse.
Elle en a mal à la tête. Et au cœur. Surtout au cœur. Pas d’enveloppe. Elle est seule. Elle n’a pas envie de rentrer.

 

18h54. A table ! Dans un vacarme assourdissant bien qu’habituel, les 3 marmots débarquent comme des furies dans la cuisine. « On mange quoi, Maman ? » Des pâtes, Trésor. Hurlements de joie des ventres à pattes et pâtes, Maman se félicite intérieurement. Les petites assiettes multicolores sont sur la table, débordent de spaghettis dûment arrosés de sauce tomate et de gruyère râpé.
30 minutes et 3 danettes plus tard, Maman contemple le champ de bataille déserté par les troupes. Sa nappe est maculée de rouge indélébile et de zébrée de chocolat. Les spaghettis et le gruyère forme une route sur laquelle ils ont fait rouler des voitures en croûton de pain. Elle pense soudain aux petits doigts crasseux qui sont probablement en train de repeindre les murs de leur chambre à l’identique et se précipite, lingette à la main.
30 minutes, 3 pipis, une histoire et 12 câlins plus tard, le calme est revenu. La porte s’ouvre. Papa regarde Maman. Il la trouve si cernée. Il la trouve si belle. Son cœur se serre et il la prend dans ses bras.

 

18h54.
 
 
 

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