6 mars 2014

Balade

Il fait beau, cet après-midi. Le ciel est azur et sans défaut, même pas un mouton blanc qui se transformerait en licorne ou en chien à trois têtes au gré de mon imagination quelque peu débordante. Le mistral s'est chargé de faire place nette.
 
Il fait chaud. Maman a clos les volets en fin de matinée, pour garder un brin de fraîcheur qui n'existe déjà plus. Les étés en Provence ne sont pas de ceux qui vous caressent tendrement la peau, non. Ils vous la dévorent. Ils vous piquent et vous assomment sans crier gare. Les étés de ma Provence sont brûlants.
 
De ma chambre claire - obscure, j'entends le chant obstiné, entêtant, des cigales qui se prennent pour des violonistes. Les mêmes accords, sans cesse. La tête me tourne, l'espace d'une seconde. Je suis déjà partie.
 
J'attrape ma casquette des Bulls, je cours, j'envoie un baiser qui s'envole vers Maman. J'enfourche ma bicyclette bleue qui n'en est pas une. Dans ces chemins escarpés, il faut du tout-terrain. Je file à ce qui me semble être une vitesse mirobolante : parfois, la mémoire me joue des tours ... J'appuie de toutes mes forces sur les pédales pour venir à bout de cette fichue montée et atteindre enfin le chemin. Je manque de souffle, je tourne à droite.
 
Je peux enfin flâner à l'ombre des chênes - lièges, on respire mieux ici. Si j'accélère un peu, et si je lève les bras, ça fera tout frais là-dessous. Sans m'arrêter, je dépasse la maison de ma voisine et amie. Elle n'est pas là : je salue donc son chien, qui n'a de garde que le nom, à titre purement honorifique. Il est aussi haut qu'un poney, aussi doux qu'un agneau, débonnaire comme un ours en peluche, et complètement aveuglé par sa frange. Il ne me rend donc pas mon salut.
 
Je poursuis ma balade, je reprends mon souffle puis la montée. La récompense de tous ces efforts est amplement méritée, à mon goût : dans le champ, tout là-haut, les bigarreaux sont d'un rouge éclatant, juteux à souhait, sucrés à l'envi. Mes doigts, mon tee-shirt sont tâchés. Mais le crime est déjà commis, alors je m'en fiche et je me régale, jusqu'à en avoir mal au bide.
 
Il me faut repartir, déjà. La descente est facile. Je fends l'air qui siffle à mes oreilles, je suis invincible, le monde m'appartient, pour quelques instants encore. Je redeviendrai bientôt la gamine solitaire un peu gauche que je n'aime pas être. Mais je n'y pense pas. J'ai encore le goût des cerises sur les lèvres.
 
 

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