9 juin 2014

Courir

Ma vie est trépidante. Voilà, c'est dit. 

Certains ont une vie tout à fait fascinante, et ils ont bien raison. Ma vie à moi, elle trépigne. D'impatience, d'excitation, d'énervement, de joie, de fatigue. 

Oui, on peut trépigner de fatigue. Le trépignement de fatigue, c'est ce trépignement un peu las et un poil excédé, qui s'invite dans nos jambes sans qu'on ne lui ait rien demandé.
Celui qui s'installe généralement le soir, lorsque les enfants sont enfin couchés mais que l'on SAIT qu'il faudra y retourner dix fois.
Celui qui arrive lorsqu'il est 21h30 déjà, que l'on poserait bien ses fesses sur le canapé devant un épisode de Game of Thrones devant lequel on s'endormira fatalement, mais qu'on se souvient alors qu'il reste cette fichue lessive à étendre.
Celui qui débarque lorsque se croyant débarrassée, on aperçoit ensuite du coin de l’œil les assiettes sales dans l'évier, qu'on a des scrupules à laisser moisir jusqu'à ce qu'elles soient rejointes par leurs homologues du prochain petit déjeuner.

Le genre de trépignement qui me file des crampes d'impatience dans les jambes et une légère boule au ventre. Un trépignement intérieur. Dehors, rien ne bouge.

Lassée de ce trépignement-là et des autres, qui somme toute confinent à l'immobilisme, j'ai chaussé mes baskets, et je suis partie courir. 

Je cours en couleurs. Ça aide.

Un beau midi, puisque mon matin commence à 6h et que c'est bien assez tôt, me disent mes cernes, j'ai fait ce geste oublié depuis les cours d'EPS et leur redoutée épreuve d'endurance. D'abord, la chaussette gauche, toujours. Puis la droite, histoire de garder une certaine symétrie. Et puis, courir à une seule chaussette, ce n'est pas une bonne idée. Pour finir, j'ai quand même enfilé mes baskets, mes chaussures de running, comme on dit dans le jargon. Et je suis partie.

Je m'étais fixée 15 minutes, j'en ai couru 30. J'ai craché mes poumons, j'ai hoqueté, soufflé comme un éléphant de mer asthmatique, j'ai viré au rouge tirant sur le violet. Mais je l'ai fait. Et j'ai aimé ça, ce qui est bien le plus improbable. Et, le pire, je n'ai pas honte de le dire, c'est que j'ai recommencé. Plusieurs fois par semaine.

De là à dire que je suis devenue sportive, il n'y a qu'une foulée. La course, c'est mon moment de solitude, de concentration, d'encouragements à moi-même, d'exhortation, d'auto-congratulation. Le moment où je me fais du bien en sachant à quel point ça va me faire mal. Le moment où mon corps et moi, on redevient copains.

Je ne trépigne plus, figurez-vous. Désormais, je trottine.



Je cours ici. Ça motive.

2 commentaires :

  1. bravo, pareil ici et surtout : tu m'étonnes que le cadre motive ! bon courage

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    1. Je tiens toujours ... Et le cadre est toujours top ! Merci !

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