3 juillet 2014

Comme les autres

C’est un matin comme les autres. Il est six heures. Mon réveil se met en route, et j’émerge doucement au son de la voix de l’animateur radio, bien goguenarde pour sa tranche horaire. Ma tête est aussi enfarinée qu’hier, et probablement moins que demain. 

J’exécute les gestes comme un automate aux piles faiblardes : se lever, sans trop se bousculer. Se laver, s’habiller, se maquiller, se coiffer – décoiffer pour obtenir un effet savamment étudié. Je prends le temps, pas trop.

Il est l’heure de réveiller mes filles. Comme tous les matins, j’ouvre leur porte et j’entends leurs petits corps gesticuler sous les draps. L’air est chaud, pleine de l’odeur de la nuit, de l’odeur de mes enfants. Elles répondent à mon bonjour d’une voix endormie. 

Le câlin de ce matin est un peu plus long, un peu plus fort. Il a un goût particulier. J’embrasse leurs petits bras, leurs joues rebondies. Je caresse leurs cheveux et mon cœur se serre. Ca me pince. Fort.
Comme tous les matins, les lever, sans trop les bousculer. Les débarbouiller, les faire s’habiller, les coiffer : demi-couette côté droit pour l’une (pas à gauche Maman), l’autre se fiche de sa coiffure comme de la couleur de sa petite culotte. Ca grimace devant la glace, ça se marre et je râle du retard que nous prenons.

Comme tous les matins, on petit-déjeune ensemble, je fourre les petits pains de Nutella, je remplis les tasses de lait, ça se chamaille sur la couleur du verre de jus de fruit et ça oublie de mettre sa serviette. Je râle encore du lait qui dégouline et des miettes qui jonchent le sol. J’avale mon café, il a du mal à se frayer un chemin dans ma gorge.

7h20, ça y est, nous sommes en retard, mais un retard habituel n’en est plus vraiment un. Une râlerie habituelle non plus, je crois.

Les dents à brosser à tour de rôle et de bras, un second débarbouillage beaucoup plus utile que le premier, avec l’eau qui sent si bon et qui me pince encore un peu plus le cœur.

Vite vite, il faut enfiler les chaussettes, les chaussures, où sont-elles passées, est-ce le bon pied ? Vite vite, il faut partir, traverser la rue, décider qui appuiera sur le bouton de l’ascenseur, et les laisser chez la nounou. Les embrasser très fort, et repartir, déjà. Comme tous les matins. Mais pas ce matin-là.

Ce matin-là est comme tous les autres matins, mais l’air est un peu différent. Un peu plus lourd, un peu moins serein. Sa saveur est inhabituelle, l’amer a remplacé le sucré. Je pars travailler. Aujourd’hui, c’est mercredi.


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